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Les universités populaires, dans l'histoire et dans le monde
Une université populaire est un organisme d'éducation populaire, dont l'objectif est la transmission de savoirs théoriques et/ou pratiques pour tous.
Les origines
Le concept est dû au danois Nicolai Frederik Severin Grundtvig (1783-1872), pasteur luthérien puis évêque. Connu comme écrivain, il exerça, et exerce toujours, une influence importante sur les conceptions pédagogiques en vigueur au Danemark, où les écoles libres et les collèges populaires représentent l'héritage légué par Grundtvig et Kristen Kold (autre pédagogue danois, contemporain de Grundtvig).
En France
Naissance: Antisémitisme et école laique
En France, les universités populaires naissent à la fin du 19eme siècle dans un contexte de montée de l'antisémitisme lors de l'affaire Dreyfus (1894-1906), une erreur judiciaire dont la victime est le capitaine Alfred Dreyfus (1859-1935), Juif et alsacien d'origine. Face à la déraison que manifestent les idées antisémites, face aux passions nationalistes qui se déchaînent alors, les universités populaires tentent d'apporter une réponse humaniste. Des professeurs, des intellectuels, des historiens, des écrivains, des philosophes y proposaient des cours gratuits à destination de ce qu'il était convenu alors d'appeler la classe ouvrière.
Autre élément du contexte : à partir de 1880, les lois scolaires mises en place par Jules Ferry permettent dès lors un enseignement gratuit, laic et ouvert aux jeunes filles. Cependant, ces lois ne touchent pas les adultes. Les universités populaires essaient donc dès l'origine de combler cette lacune en s'adressant à un public qui n'a pu bénéficier auparavant de « l'instruction publique ».
C'est ainsi qu'est née, en 1896, la première université populaire française : « La Coopération des idées », à l'initiative de Georges Deherme et d'ouvriers de Montreuil-sous-Bois. En 1899, Deherme lance un appel à fonder une « Société des Universités populaires ». Celles-ci sont au nombre de 124 en 1901.
La première « Université populaire de Bourges », se présente comme un groupement laïque d'enseignement populaire d'éducation mutuelle. Elle est alors subventionné par le conseil municipal et le conseil général et survvera à l'épreuve de la 1ere Guere Mondiale.
Difficultés et renaissance politisée
La fin de l'affaire Dreyfus, la difficile coexistence d'intellectuels et d'ouvriers aux préoccupations divergentes, le niveau moyen d'instruction encore trop faible ainsi que des problèmes politiques ont mis fin au mouvement de développement des universités populaires en France et parfois de manière définitive, puisque nombre d'universités populaires ont disparu (il n'en reste plus que 20 en 1914).
Dans l'entre-deux-guerres la renaissance de certaines de ces associations, comme ce fut le cas à Bourges, se fait avec une orientation politique et syndicale plus marquée : dans un contexte de forte effervescence militante pré-Front populaire, la philosophe Simone Weil, agrégée de l'Université, alors en poste au Lycée de jeunes filles de Bourges publie, en décembre 1935, un appel « Pour la création d'une université ouvrière ». La réunion constitutive de cette université ouvrière a lieu le 24 janvier 1936, et les premiers cours dès février 1936. Le second conflit mondial entraîna une nouvelle coupure, avec son lot de disparitions, définitives ou temporaires, des universités populaires.
Renouveau Alsacien et proximité allemande
C'est d'Alsace qu'est parti le renouveau des universités populaires, renouveau qui a entraîné le fort mouvement de développement actuel. En effet, en 1963 naissait à Mulhouse l'Université populaire du Rhin.
Pourquoi l'Alsace ?
Cet ancrage géographique s'explique sûrement par un phénomène de métamorphisme culturel dû à la proximité de l'Allemagne. Dans ce pays, en effet, existent des Volkshochschulen (universités populaires) financées par les Länder et pratiquement chargées d'un service public d'éducation des adultes depuis la loi de 1970. Les moyens dévolus à ces universités populaires allemandes étaient (et restent encore, mais dans une moindre mesure) extrêmement importants. Très rapidement, cette Université populaire du Rhin a pris une importance considérable, du moins à l'échelle des universités populaires de France, et elle reste encore la plus grosse université populaire de France.
L'initiative de Michel Onfray
LE PROJET :
Le projet du philosophe Michel Onfray s'appuie sur une volonté de démocratisation de la culture en dispensant gratuitement un savoir au plus grand nombre. La culture y est vue comme un support à la construction de soi, non comme une occasion d'inscription dans un système socio-économique.
LES RAISONS :
- Le désir de savoir est considérable : les débats, les forums, les rencontres, les séminaires, les universités d’été, les succès de librairie des classiques latins ou des essais, la multiplication des collections d’idées chez les éditeurs, tout témoigne d’une authentique et pressante demande. L’offre oscille entre l’élitisme de l’université et l’improvisation des cafés philo, l’une reproduisant le système social et sélectionnant ceux auxquels elle réserve les places dans le système, l'autre réduisant souvent la pratique philosophique à la seule conversation.
LE PRINCIPE :
- L'Université Populaire retient de l'Université traditionnelle la qualité des informations transmises, le principe du cycle qui permet d'envisager une progression personnelle, la nécessité d'un contenu transmis en amont de tout débat. Elle garde du café philosophique l'ouverture à tous les publics, l'usage critique des savoirs, l'interactivité et la pratique du dialogue comme moyen d'accéder au contenu.
LE FONCTIONNEMENT :
- La gratuité totale est le principe de base : pas d'âge requis, ni de titres ou de niveaux demandés, pas d'inscriptions ni de contrôle des connaissances, pas d'examens, ni de diplômes délivrés. Le cours est dispensé une fois par semaine sur une séance de deux heures : la première est un exposé argumenté, la seconde une discussion de celui-ci. Le cycle s’étend de mi-octobre à mi-mai. Il s'articule autour des vacances scolaires de l'Académie de Caen.
Universités Populaires en Europe
Danemark
La première université populaire danoise a été fondée à Rødding en 1844, par l'initiative de Kristen Kold et inspiré par le théoricien de l'éducation Nikolaj Frederik Severin Grundtvig. Le projet venait répondre au besoin d'éduquer le milieu paysan peu instruit et souvent trop pauvre pour dépenser du temps et de l'argent pour suivre l'université.
Aujourd'hui, on compte 79 Universités Populaires au Danemark. Les principaux sujets d'instruction varie entre les matières creatives (la musique, les arts, le design, l'écriture, etc.) et intellectuelles (religion, philosophie, littérature, psychologie, etc.). Certaines écoles se sont spécialisées dans le sport. Récemment, la mondialisation a exercé une influence croissante sur les écoles Danoises. De plus en plus de cours sont vouerts aux étrangers ainsi qu'aux danois, et de nombreux cours prévoient dans leurs programmes des voyages et des séjours volontaires dans d'autres pays.
Norvège
La première université populaire norvégienne a été fondée en 1864. En 2007, on compte 77 Universités Populaires dans le pays, dont 30 sont chrétiennes. Les universités populaires s'adressent tout particulièrement aux jeunes adultes, en promouvant une éducation générale. Les étudiants des universités populaires sont pour la plupart éligibles à l'aide financière standard. La plupart des universités populaires sont rattachées à des organisations.
Suède
La première université populaire suèdoise a été fondée en 1868. Aujourd'hui, on compte environ 150 Universités Populaires dans le pays, la plupart étant située à la campagne, le plus souvent dans des lieux reculés. L'éducation y est gratuite et les étudiants sont éligibles à l'aide financière standard. Après avoir gradué, les étudiants sont éligibles à pour étudier à l'université. Certaines écoles, comme par exemple la Södra Vätterbygdens Folkhögskola près de Jönköping, coopere avec des écoles d'autres pays et ont des programmes d'échange.
Allemagne
Une université populaire germanophone (Volkshochschule) offre généralement des cours (sans diplôme) de formation continue aux adultes dans les domaines suivants:
- l'éducation generale
- l'éducation vocationelle
- l'éducation politique
- l'allemand seconde langue (notamment pour les immigrants)
- différentes langues étrangères
- différentes formes d'art
- les technologies de l'information
- l'éducation en santé
- les classes préparatoires aux grandes écoles (notamment pour les écoles d'Abitur ou de Matura)
Ce type d'université populaire est actuellement largement répendue en Allemagne. Parce qu'elles préparent aux examens d'entrée aux grandes écoles, les université populaire allemandes remplissent également des fonctions normales d'universités.
En Amérique du Nord
Québec
L'Université populaire à Montréal (UPAM) fut une expérience d'éducation populaire gratuite tenue à l'Université du Québec à Montréal (UQAM). À l'initiative d'étudiants, le projet est né pendant la semaine du 12 novembre au 16 novembre 2007, lors de la participation à la grève étudiante québécoise de 2007 de 5 syndicats étudiants et associations étudiantes facultaires de l'UQAM parmi 7 (l'AESS, l'AFEA, l'AFELLC, l'AFESH et l'AFESPED). Elle joignit le concept d'Université populaire, tel que le pratiquent Michel Onfray et l'Université populaire de Caen, Émission de radio internet ''A.G.I.'', (CHOQ.fm), 19 novembre 2007, à celui du ForumOuvert. Au sujet de l'UPAM, le journal La Presse écrivit qu'avec l'UPAM, les grévistes ont créé "une petite révolution dans le monde de la mobilisation estudiantine". ''Grève à l'UQAM: la classe s'installe dans la rue'', par Violaine Ballivy, La Presse, 13 novembre 2007.
Sources
Université Populaire du Berry[http://www.upberry.org/ Université populaire du Berry, avec l'aimable accord de Michel Marc
INEP, Le renouveau des universités populaires, in Les cahiers de l'animation n° 42, octobre 1983.
D. Rambaud et M. Jeannerat, Apprendre avec plaisir, l'éducation des adultes en défis, éd. Chronique sociale, 1999.
Société d'archéologie et d'histoire du Berry, Simone Weil et Bourges, 1935-1936, in Cahiers d'archéologie et d'histoire du Berry, n° 121, mars 1995.
E. Costa et J.C. Huertas, Les universités populaires de France, mémoire de science politique, IEP de Strasbourg, 1989.