Entre action directe et récupération politique. La grève étudiante : un nouvel espace de possibilité?
Présenté et animé par le GRIPAL
Le lancement de l’UPAM, l’école populaire de l’UQÀM, a eu lieu en ce lundi 12 novembre 2007, entre 10h30 et 11h, au coin St-Catherine et Sanguinet à Montréal. Au terme d’une manifestation derrière une banderole “Sauvons l’UQAM” et dont le trajet a fait le tour de l’Îlot Voyageur, le cortège s’est assis en pleine rue pour suivre un petit cours sur le sous-financement de l’éducation… ou les investissements pour la guerre en Afghanistan… donc, finalement, tout simplement, sur toute l’articulation d’un discours politique officiel se réservant bien de cacher les jeux politiques réels.
Le vrai lancement de l’UPAM, l’école populaire de l’UQÀM, a eu lieu en ce lundi 12 novembre 2007, à 12h00, dans un local uqamien. Le Groupe de Recherche sur les Imaginaires Politiques en Amérique Latine (GRIPAL) a lancé une table ronde sur la grève étudiante : Entre action directe et récupération politique. La grève étudiante : un nouvel espace de possibilité ? Dans ce court résumé réflexif, je tenterai de rendre compte des idées émises au cours de différentes interventions et vous offrirez, en guide d’ajout personnel, mes analyses et mes réflexions en tant qu’étudiante en Animation et Recherche Culturelles, mais surtout mes questions adressées à mon BAC en ARC. Envers ce rapide exercice d’un soir, j’implore votre gratitude envers mes maladresses et vous invite à ajouter vos mots afin de préciser, nuancer, expliquer, vulgariser, etc., mes paroles que voici :
Trois questions ont été présentées afin d’ouvrir l’échange. Premièrement : « Quelle représentation politique le mouvement étudiant a-t-il de lui-même ? Comment nous nommer nous-mêmes ? » (GRIPAL). Deuxièmement : « La grève étudiante porteuse d’un devoir être ou d’un devoir faire ? » (GRIPAL) Troisièmement : « L’éducation pour qui ? Par qui ? ou le savoir au-delà de la question de l’accessibilité ? » (GRIPAL)
Il est évident que les discussions n’ont pas suivi cet ordre établi. Le sujet qui a principalement émergé est celui de l’ « élitisation » de la politique. Le second thème a été le débat intellectuel sur la question du savoir. Le troisième questionnement qui s’en suit a été la place et le rôle des Universités dans nos sociétés contemporaines complexes. Finalement, dans ce contexte, la discussion sur la force d’un mouvement de grève dans son aspect symbolique et dans ses moments politiques puis gestionnaires a permis de toucher aux questions posées sur les devoirs être et faire d’une grève étudiante.
Quand on parle de « élitisation » de la politique, on peut l’entendre dans le sens : qui peut jouer le jeu politique ? Le voile de cette question est la couleur élitiste de ce qu’elle veut entendre. Une intervenante a posé l’enjeu de l’irresponsabilité politique. Beaucoup d’attaques contre les étudiants présentent les étudiants comme des irresponsables. Dans ce discours, il y a une prétention politique affirmant l’incapacité des « jeunes » à comprendre la « vraie vie » (immaturité) et à entrer dans le « vrai jeu politique ». Le concept de « réalité » circulant dans les discours officiel et médiatique a été férocement questionné. La « réalité » n’est-elle pas un concept de légitimation d’une idéologie x ? En somme, y a-t-il un besoin de redéfinition de la culture politique ? La structure sociale qu’est la société civile peut et doit-elle reprendre en main l’espace de lutte sociale pour contrebalancer le système de contrôle politique de la gestion étatique ? Aussi, il y a dans ce discours une forme de stigmatisation de l’étudiant qui, évidemment, par extension, affaiblit par une chaîne de connotation un « mouvement étudiant ». Comment Animation et la Recherche Culturelles peut contribuer à démocratiser la réflexion politique? ARC peut-il contribuer à faire tomber les murs élitistes du jeu politique? Comment ARC peut-il étendre un mouvement étudiant dans les autres sphères « populaires »?
Ensuite, qu’est-ce que le savoir ? Comment définir le savoir ? De quel savoir parle-t-on ? Y a-t-il un savoir efficace et un savoir non utilitaire-? Le cliché du savoir instrumental, dit « efficace », donc important, de l’éducation technique en comparaison au cliché du savoir critique, dit « non-utilitaire », donc pas important, de l’éducation citoyenne a semé encore une fois le débat. L’éducation est un moyen pour tout individu d’atteindre la liberté de bouger et de construire ses conditions de vie. Ainsi titre la thèse de Amartya Sen, « [l]e développement comme liberté ». Ce débat sur la considération des savoirs revient au débat culturel, à l’interrogation de notre culture et de nos traditions en éducation en tant que société québécoise. Comment Animation et la Recherche Culturelles peut-il travailler sur le débat de l’éducation, du savoir, mais aussi sur cette culture de la solidarité en mal-être? Devons-nous engager l’animation sur le thème aussi « ridicule » (je suis sarcastique) que le TEMPS? La notion occidentale du temps mériterait-elle une autopsie sous le regard humaniste, fonctionnaliste, économique, etc.? L’homme n’est pas une machine.
Par ailleurs, c’est là que l’Université a été vue et présentée dans différentes interventions comme un lieu de transmission de connaissances, de discours, etc., mais aussi un gage d’émancipation pour créer des acteurs critiques, voir en total détachement avec l’idée même de l’obtention d’un emploi en bout de chemin. Le travail intellectuel à l’intérieur des Universités est pour plusieurs toujours important. Toutefois, pour plusieurs, la vocation universitaire doit s’étendre dans la société civile : il doit y avoir des ponts de la théorie à la pratique sociale. Comment l’Animation et la Recherche Culturelles peut contribuer à la démocratisation de l’Université et à la valorisation de ses lieux.
Finalement, pour engager cet espace de possibilités qu’est une grève, il faut selon un intervenant, d’abord rassembler les forces puis agir sur les valeurs porteuses d’un fort bagage émotionnel. C’est ainsi que l’action peut s’étendre, car l’émotion soutient cet espace de possibilités. Tel fût l’aura autour du carré rouge à sa création : un champ d’intérêts communs qui permet à tous de récupérer le symbole et de se l’approprier. Il y a donc dans cette question de la récupération politique le besoin d’orienter un mouvement sur les questions identitaires afin de démontrer cette capacité à proposer un discours populaire, un projet de société différent mais rassembleur. Ça, c’est le temps politique. Quelle créativité Animation et Recherche Culturelles peut-elle offrir ou encourager? Le temps de gestion se joue dans un temps qui, selon les interventions, ne concordent pas avec le temps politique. Le temps de gestion s’inscrit dans le cadre de l’idée : que veut l’ennemi? Comment arriver à la table de négociation et obtenir des gains? Dans quel temps Animation et Recherche Culturelles peut-il ou veut-il agir?
Beaucoup de références à la grève de 2005 (les 103 millions de bourses) ont permis d’illustrer par des exemples concrets les tendances et questionnements sur la grève actuelle. Le contexte différent des deux grèves a été soulevé dans une intervention. Dans le premier cas, le gouvernement Charest était dans une position de contestation sociale très forte, tandis que maintenant ce n’est pas autant le cas. Y a-t-il donc un effet d’isolement des revendications étudiantes qui dépassent largement le coût d’une hausse de frais de scolarité? Si cette bataille est, plus que tout, une demande de reconsidération des valeurs de l’éducation, non soumise aux valeurs marchantes, qui garantie aux individus un espace pour développer un esprit critique (et non pas seulement opérationnel), alors notre vraie bataille est celle de la vie du fait divers qui détourne l’attention de la vie des systèmes complexes actuels sur le superflu.
Aujourd’hui de sont ouvertes des discussions hautement intellectuelles qui cherchent à détruire les normalisations, vaincre les obstacles et combattre les préjugés pour encourager l’engagement politique et favoriser la communication sociale. Détruire les murs des espaces politiques privés pour rendre cette agora libre pour l’autonomie des individus. Sociétés contemporaines complexes, sous la logique dominante néo-libérale qui gère ses citoyens par l’idée de la démocratie représentative… Par définition, la représentation et le mouvement social est une relation conflictuelle. L’hétérogénéité des sociétés se doit promouvoir la diversité. En ce sens, l’école populaire est une forme d’action collective encore forte comme pratique sociale puisqu’elle ouvre un espace de création pour de nouvelles possibilités. Animation et Recherche Culturelles ne nous apprend-t-il pas à encourager la démocratisation et la démocratie culturelles, les action et les pratiques culturelles, la lutte sociale par la culture, donc finalement, L’INNOVATION SOCIALE PAR LE DÉVELOPPEMENT CULTUREL. ARCÉEN-NE-S, L’UPAM EST À NOS PORTES.
