« CultureHipHop Reflet du chaos ou musique des tranchées du prochain siècle? ».

En parlant d’école populaire, on ne doit pas oublier de parler de hip-hop. Telle est l’idée posée en début de séance en ce mardi 13 novembre 2007 à l’UPAM. La culture hip-hop a près de 35 ans et son origine populaire s’inscrit tout à fait dans la proposition de cette semaine sur l’éducation. Il faut « briser l’image du hip-hop » annonce Guillaume Hébert qui est venu nous présenter les périphéries de Sao Paulo, ville importante du hip hop au Brésil. Pour le précéder, il s’est entouré de vaillants chevaliers dont le poète-slamer libre Quidam et les vulgarisateurs du mouvement hip-hop, le duo Erizi et Kapua. Malheureusement dans l’impossibilité de se joindre à nous comme prévu, Dice B de l’émission « Nuit blanche / 100% rap» (à Radio Centre-Ville depuis 15 ans) nous invite probablement à se joindre à sa tribune.

Cette conférence a eu pour motivation d’informer les désinformés. Elle a porté sur l’origine, l’histoire, les fondements puis les perspectives d’une culture très influente sur les sociétés contemporaines, principalement sur les jeunes partout dans le monde.

Origine

Le hip hop est d’abord un moyen d’expression. Il a des racines socioculturelles qu’il ne faut pas oublier. Nous pouvons parler d’une culture internationale dont la base s’adapte aux différentes réalités culturelles pour prendre différentes formes. Le hip-hop est une branche du grand genre qu’est le rap.

Histoire

Il faut plonger dans le contexte social et politique des Noirs nord-américains dans les années 50-60. La connaissance de l’histoire des Etats-Unis joue un rôle important ici. Cette période de tensions raciales, liée à la présence des ghettos, est à la base de l’émergence du mouvement civique et d’un mouvement créatif. Connaissez-vous le Black Power Movement ? Ce mouvement a travaillé à remémorer et à valoriser le passé des Noirs. Le contexte social et l’éducation populaire de ces années ont permis l’émergence du Black Arts Movement, un type de café littéraire permettant un espace d’expression pour artistes noirs. Dans les années 70, le « Speaking words », le « mot parlé » en français, fait son apparition. C’est du discours engagé avec une musique de fond. Différents styles sont issus du speaking words que l’on peut traduire comme un véritablement mouvement artistique.

Le hip hop fait son apparition concrètement en 1973, époque de plusieurs événements convergents : coup d’État au Chili, sorti d’un album majeur de Bob Marley, la fin de la guerre du Vietnam, etc. N’oublions pas les grands événements précédents qui avaient également fait leur part pour que le monde bouge : mouvement des gangs de rue aux Etats-Unis, mouvement étudiant en France, mouvement civique et assassinats de Martin Luther King et de Bobby Kennedy (Black Panthers). Le contexte social est donc important comme condition d’émergence du hip-hop. Aux yeux de nos vulgarisateurs Erizi et Kapua, les artistes hip-hop portaient l’histoire et la contestation des Noirs nord-américains revendiquant leurs droits à partir de leur expérience des conditions de vie des Noirs. Plusieurs personnalités comme Africa Bambara et Dj Kool Herc s’illustrent comme des « pères fondateurs ».

Avec ce dernier, le rôle du DJ a considérablement changé. Au départ, le Dj avait pour seule fonction de mettre de la musique. Il a redessiné les traditions en y apportant de gros changements : toaster, loop, break, etc. Il replonger dans l’histoire d’une soirée majeure de 1973 dans le Bronx en ce qui attrait à ce changement .

Les 5 fondements du hip hop

Telle une religion, un artiste du hip-hop qui croit en les racines culturelles du mouvement peut religieusement respecter les 5 éléments de la culture hip hop : 1. Le MC, le maître de cérémonie 2. Le DJ, la personne qui met la musique 3. Le Break Dance, issu des arts martiaux – rôle joué par des Break Boys, Boogie Boys, Bronx Boys, etc. Les noms sont multiples. 4. Le graffiti 5. Le Beat Box, souvent oublié volontairement ou involontairement.

La connaissance est un autre élément qui, au Brésil, joue un rôle majeur. Il s’agit quelque peu d’une tradition des Leçons Divines d’Africa Bambara, fondateur du Zulu Nation. Cet aspect de la culture joue un rôle philosophique.

Le gangster rap… parlons-en

À son origine, le gangster rap provient d’un contexte social. Les mauvaises conditions de vie dans les ghettos a suscité la création d’un discours dénonciateur. Bref, au départ, il s’agit de dénonciation sociopolitique. Toutefois, avec le temps, un véhicule subit une mutation. Oui, une branche du gangster rap fait la glorification de la violence. Kapua fait le parallèle avec le cinéma de glorification de la mafia et des gangsters (Le Parrain par exemple). C’est un style. Cependant, il faut toujours se rappeler d’où cela provient. Le reflet d’une situation marginale a été popularisée pour devenir un objet de méconnaissance de la culture hip hop. Peut-on parler de désinformation ? Quidam commente le sujet en rappelant les utilisations de tout phénomène social. Il affirme: « Si un véhicule éveille trop, vas-tu combattre ou l’utiliser ? » Bref, la popularité du hip hop a été prise en charge par la commercialisation d’une forme contrôlée par le placement publicitaire. Dans le monde artistique, le choix de son art est toujours une relation très conflictuelle. Des artistes vont choisir de respecter religieusement les racines de leur musique tandis que d’autres vont décider de s’engager dans la voie commercialisée. Il y a donc une question éthique majeure : jusqu’où peut-on aller dans le jeu du placement de valeurs et d’identités commerciales sachant très bien que ce qu’on décide de mettre dans ces chansons ont des influences sociales réelles?

Dans des universités américaines, il y a des cours sur la culture hip hop, insiste Kapua. L’influence majeure du le hip hop sur la sphère culturelle est évidente pour lui : langage, modes vestimentaires, mode de salutations, etc. Le hip hop a émergé de la rue et est entré à l’Université. Il en espère autant pour le Québec et l’atelier qu’il donne avec Erizi, It’s bigger than hip hop, travaille en ce sens.

Sao Paulo

Quel lien peut entretenir le hip-hop avec le/la politique ? C’est sur le cas de Saop Paulo que Guillaume Hébert a présenté le point commun entre plusieurs grandes villes internationales. Si vous visionnez différents vidéoclips de hip hop de différents pays sur YouTube, vous y retrouverez des ressemblances étonnantes : le décor de périphérie issu de zones désindustrialisées, le béton, les couleurs grises de novembre, les banlieues globales à la Montréal-Nord, « berceau du hip hop à Montréal » ajoute-t-il. Le cas de Sao Paulo a permis d’engager la réflexion sur les codes compatibles, les trames de la culture hip hop, qui s’adaptent aux particularités locales des différentes régions du monde. Hébert s’avance sur la thèse suivante : si le mouvement ouvrir est une force antagoniste qui a émergé du capitalisme, le hip hop est-il une force antagoniste émergeante du néo-libéralisme ? Aussi, le hip hop, dépourvu de formes de racisme et d’hiérarchies, est-il une forme réussie de multiculturalisme qui pourrait contribuer au mouvement altermondialiste ? Hébert insiste sur l’articulation des villes globales et des réseaux que la culture hip hop crée entre les métropoles.

Conclusion

En dernier lieu, rappelons que généralisation n’est jamais une solution. Dans tout mouvement, il y a des idéologies convergentes et divergentes. Ce sont des relations conflictuelles internes. Au sein de la culture et du mouvement hip hop, le conflit entre l’authenticité des 5 règles et l’instrumentation de la culture à des fins autres comme le commerce en divise les membres.

En tant qu’étudiante en Animation et Recherche Culturelles, j’ai particulièrement apprécié cette conférence sur la culture hip hop. C’est un début de traité de paix : la médiation culturelle dans le champ de la culture hip-hop garnie de nombreux préjugés et stéréotypes s’avèrent importante dans le champ de l’intervention sociale. J’y perçois des enjeux sous-jacents majeurs telles l’hyper sexualisation des filles, la pression sur les jeunes garçons de ressembler à des figures hip hop de la branche gangster rap glorifiant la violence ainsi que les problèmes sociaux de marginalisation, d’exclusion et d’intolérance face à l’Autre, cet être dérangeant par notre ignorance.

Je vous invite fortement à découvrir les ateliers et à lire quelques références proposées en cours de conférence :

• It’s bigger than hip hop : atelier d’informations et de médiation culturelle sur le hip hop : Les jeudis soirs de 19h à 21h30 au Centre CUMAJ. Jusqu’au 16 décembre.

Centre d’union multiculturelle et artistique des jeunes (CUMAJ) Mission: Éduqueret encadrer lesjeunes par une formationsocioprofessionnelle et une participation à des activités ludiques. 10125, rue Parthenais, bur. 201, H2B 2L6 Tél. : 514 389-6644 Télec. : 514 389-2136 cumaj66@yahoo.ca

• Lectures : o Evil, Pierre. « Gangsta-rap », Flammarion, 2005, 431 p. o « The FBI war on Tupac, Shakur and Black Leaders », par John Potash

Je vous invite à redécouvrir le hip-hop dans sa vraie nature!

"Je rappe pour ne pas dérapper":

"Besoin de Résolution" Médine

http://www.youtube.com/watch?v=oPJw5-ziRA0

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